Instagram ou la montée en puissance de la « photo sociale »

En l’espace d’un an,  l’application photo Instagram est devenue un véritable phénomène. Instagram, c’est d’abord et avant tout l’histoire d’une ascension fulgurante : 5 millions d’utilisateurs en 8 mois et la barre des 10 millions atteinte … l’espace des 3 mois suivants.  La start-up, qui ne compte que 6 employés, a par ailleurs passé la barre des 200 M de photos mises en ligne.
Des chiffres encore plus impressionnants lorsque l’on sait que cette appli, qui s’est transformée peu à peu en véritable réseau social à part entière, n’est disponible que sur iPhone et que Flickr, le n°1 historique du partage de photos en ligne, a atteint les 100M de photos en ligne en plus de deux ans.

Mais Instagram, c’est quoi ? Pour ceux qui l’ignorent encore, Instagram est une application – gratuite et uniquement sur mobile - qui permet de retoucher ses photos en appliquant quelques filtres orientés rétro et vintage, et de les partager sur les réseaux sociaux d’un simple clic.

Une recette efficace

Le 06 octobre 2010, Mike Krieger (ex-Microsoft pour Powerpoint) et Kevin Systrom (ex-Google) tous les deux anciens de l’Université de Stanford aux Etats-Unis, mettent en ligne sur l’AppStore  ce qui n’est au départ qu’une simple application photo parmi tant d’autres.
Instagram, contraction de « instant » et « telegram » en anglais, connaît un succès immédiat et se distingue immédiatement par sa simplicité et son esthétisme.

Au moment de développer Instagram, Kevin Systrom distingue trois points qui permettront selon lui à son application  de réussir :
1.    Rendre la photo prise par l’utilisateur plus intéressante
2.    Avoir la capacité d’uploader très rapidement les photos prises
3.    Faciliter l’envoi des photos sur tous les réseaux sociaux adaptés.

Instagram offre ainsi à l’utilisateur la possibilité de retoucher ses photos en choisissant parmi 16 filtres. C’est bien moins que les 194 filtres proposés par FX Photo Studio certes,  mais les filtres d’Instagram se distinguent par leur qualité. Du style Polaroïd aux effets de profondeur de champ (le « tilt-shift »), les filtres Instagram sentent bon la nostalgie et les appareils photo argentique d’antan. Leur simplicité d’utilisation et surtout leur grande efficacité réussissent à faire passer n’importe quelle photo ou presque pour une production artistique empreinte d’émotion.
Dès lors ce n’est plus une simple photo que l’on partage sur Instagram, mais une humeur, un état d’esprit, un sentiment et notre propre regard sur le monde qui nous entoure.

Mais plus que son côté « vulgarisation de la photo artistique », la grande force d’Instagram est qu’elle offre la possibilité de partager sa photo d’un simple clic, parmi tous les réseaux sociaux auxquels l’on a connecté notre iPhone : Facebook, Twitter, Foursquare, Tumblr, Flickr, etc.
Les photos prises via l’appli sont stockées sous un compte d’utilisateur et sont visibles par tout le monde. De parfaits inconnus ont donc la possibilité de « liker » vos photos, de poster des commentaires et, sur le modèle de Twitter, de « follow » les utilisateurs dont on apprécie les photos.

On peut d’ailleurs aisément qualifier Instagram de « Twitter version photo » : du « follow » au « hashtag » permettant de taguer les photos, le mode de partage et de diffusion ressemble fortement à Twitter. On utilise également Instagram comme l’on utilise Twitter, pour « parler » de soi (une photo prise de notre repas au restaurant du coin) ou pour « parler » politique ou social (les nombreuses photos de l’ouragan Irène aux USA par exemple).
Comme l’explique Kevin Systrom, Instagram initie l’avènement de la « photo sociale », faisant de la photographie un réseau social propre, et universel car n’ayant pas besoin de mots pour faire passer son message : les images représentent  ainsi « un media incroyablement accessible »  dans le sens où l’on a pas à « parler anglais pour pouvoir apprécier des photos venant du monde entier »

Instagram commence à exploiter son potentiel…mais son modèle économique reste à définir.

Une nouvelle version Instagram 2.0 est disponible sur l’App Store depuis le 20 septembre et voit son utilisation encore améliorée, toujours plus rapide. Outre l’ajout de nouveaux filtres, il est désormais possible d’appliquer le filtre que l’on souhaite au moment de la visée, permettant d’avoir un aperçu du rendu que l’on veut donner à sa photo. La haute résolution a également été introduite, aboutissant à des clichés plus nets et de meilleure qualité.

Tout au long de sa courte existence, Instagram s’est peu à peu doté de  nouvelles fonctionnalités (hashtag, commentaires, géolocalisation) qui font de l’appli un outil de plus en plus social en même temps qu’une nouvelle force médiatique grâce à ces fameux hashtags.
L’application prévoit également de faire son apparition sur Androïd, avant de peut-être, comme le souhaite  Systrom, s’étendre sur les supports « non-mobiles » du web (ou ordinateurs, comme on les appelle vulgairement).


Et qu’en est-il de l’exploitation d’Instagram par les célébrités ou les marques ?  Eh bien, elles ne restent pas insensibles à ce nouvel outil social, et certains people ont commencé à investir avec bonheur l’appli. Outre des stars comme Justin Bieber, on peut citer des initiatives intéressantes, comme
ce clip réalisé par le groupe anglais « The Vaccines » à partir de photos Instagram envoyées par les fans au groupe.
Les  marques ne sont pas en reste, à l’instar de RedBull ou CNN iReport qui comptent environ chacun 70 000 abonnés à leur compte Instagram. En mars 2011, la chaîne américaine CBS a même ouvert un compte pour permettre aux fans de découvrir des photos inédites des coulisses de la série policière NCIS et de découvrir sous un autre jour la série phare de la chaîne.

Si tout ceci est encourageant, reste que le modèle économique de la société n’est pour l’instant  pas viable. Certes, Instagram a récemment levé des fonds d’investisseurs privés à hauteur de 7M de dollars, mais, avec une application gratuite et sans publicité, on se demande encore comment la société compte exploiter financièrement son énorme base d’utilisateurs.

Instagram doit en outre composer avec la concurrence annoncée de Facebook, qui envisage d’ici peu la mise en place de filtres sur son application mobile, ainsi que de 
« Photovine », une appli photo récemment acquise par Google et qui servira son propre réseau social Google+ .

Conclusion

Si l’on ne peut qu’être admiratif et impressionné devant la fulgurante croissance d’Instagram, toutes les incertitudes pèsent quand à son avenir et sa réussite passera par un développement économique viable et la mise à l’écart d’une concurrence déjà rude dans le secteur très tendance des photos vintage.
On peut toutefois rester optimiste devant le potentiel de cette société unique, qui a su allier la simplicité, l’efficacité avec l’art tout en développant un modèle de réseau social pertinent et attractif.
Les entreprises quand à elle pourraient avoir beaucoup d’intérêt à investir un marché de plus de 10M d’utilisateurs, notamment les marques de mode ou celles ayant un capital « nostalgie » élevé (Werther’s Original pour n’en citer qu’une).
 

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